Gérard Férey, grand architecte de la matière

Ce chimiste a reçu ce jeudi la médaille d'or du CNRS pour ses travaux sur des matériaux étonnants, les «solides poreux». La médaille d'or du CNRS, attribuée ce jeudi au chimiste Gérard Férey, 69 ans, récompense un parcours scientifique exceptionnel et une personnalité hors du commun. «L'important dans la vie, c'est de faire de beaux enfants, car c'est grâce à eux que l'on peut espérer survivre à nos existences éphémères», a confié à la presse ce professeur émérite de l'université de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines (UVSQ) et membre de l'Académie des sciences. Si l'on en juge par sa prolificité de chercheur, Gérard Férey, qui a par ailleurs un fils et deux petits-enfants, a, d'ores et déjà, gagné son billet pour l'éternité! En quarante ans de carrière, ses travaux sur les minéraux fluorés et surtout sur les «solides poreux hybrides» dont il est le grand architecte avec son équipe de l'institut Lavoisier (CNRS-UVSQ), lui ont valu de publier la bagatelle de 516 articles scientifiques qui ont été cités au total plus de 16.000 fois. «Gérard Férey est le deuxième chimiste français le plus cité dans le monde après Jean-Marie Lehn», souligne Gilberte Chambaud, la directrice de l'institut de chimie du CNRS. Une seule de ses publications a été reprise pas moins de 1425 fois dans d'autres travaux! Inspirés des zéolithes (des minéraux naturels dont le nom signifie «pierres qui bouillent»), les solides hybrides poreux ont une particularité. Ces édifices moléculaires de grande taille, constitués de parties organiques et inorganiques dont Gérard Férey est parvenu à maîtriser la synthèse et à prédire les propriétés, sont remplis de… «trous». De véritables éponges chimiques capables de stocker de l'hydrogène (pour les piles à combustible), de piéger le CO2 (pour lutter contre l'effet de serre) ou d'encapsuler des médicaments. Le MIL-101, l'un des «beaux enfants» de ce savant qui a commencé sa vie professionnelle comme instituteur dans sa Manche natale avant de devenir enseignant-chercheur en chimie à l'IUT du Mans, vient de battre un record mondial: un seul litre de cette «poudre miracle» peut stocker jusqu'à 400 litres de CO2. Le tout sans augmenter de volume. Breveté depuis deux ans, le procédé devrait faire l'objet d'un développement industriel. Mais il y a aussi le MIL-53, «le matériau qui respire», champion de la séparation des gaz, déjà commercialisé par BASF. Au total, 150 solides poreux, tous biodégradables et dénués de toxicité, ont été conçus par l'institut Lavoisier. Dans le domaine médical, des essais prometteurs de phase 1 et 2 ont démontré la capacité du MIL-101 (encore lui) à acheminer jusqu'aux organes cibles des médicaments anticancéreux (busulfan, doxorubicine) ou antisida (AZT) à des doses correspondant à 5 à 15 jours de traitement. Mais fidèle à son éthique de prudence et d'honnêteté vis-à-vis des «attentes du public», le professeur Férey rappelle que d'autres tests importants restent à conduire avant que les malades puissent en bénéficier. "Le Figaro" du 9 Septembre 2010

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